Le pays de Sawiris verra-t-il le jour ?

Le pays de Sawiris verra-t-il le jour ?

Un pays fantastique, magique, féerique, presque mythologique. Celui dont tout réfugié viendrait pour survivre. Une terre sans frontières. Prête à accueillir des humains sans visa. Une terre, une île dans la mer Méditerranée. Cette mer devenue cimetière de milliers de migrants. D’une humanité qui a perdu le sens de son existence.

Par Karima Moual, Rome

Le milliardaire égyptien Naguib Sawiris, le troisième homme le plus riche d’Afrique, avec une fortune estimée à 3 milliards de dollars a met sur table 100 millions de dollars après avoir lancé un tweet le 1er septembre, « Grèce ou Italie, vendez-moi une île, je l’appellerai indépendance et j’y accueillerai les migrants, leur donnant du travail pour construire leur nouveau pays ». Voilà, une grande provocation de la stagnation politique que vit la Syrie depuis presque 4 ans.
Une idée « folle », admet Naguib Sawiris. Mais, il n’a pas l’intention de reculer. Aujourd’hui, Sawiris parle d’une négociation en cours pour deux îles en Grèce. Elles s’appelleront Aylan, en mémoire de l’enfant kurde dont la photo a fait le tour du monde.
Il est difficile encore de faire des prévisions, surtout, vis-à-vis de la non réponse des pays concernés. En Italie, en fait, la proposition de Sawiris a été marquée par un silence assourdissant. Loin des micros, les hommes politiques parlent de proposition « irrecevable ». La Grèce, soucieuse de gérer les élections et les nombreuses difficultés auxquelles elle est confrontée, ne semble pas avoir traité la proposition de Sawiris. Officiellement, Sawiris n’a pas encore reçu de réponse. Bien sûr, face à la paresse et l’échec d’une politique qui a du mal à trouver des solutions immédiates et réalisables à des drames humanitaires, la proposition de Sawiris, dans son idéalisme, nous fait rêver que l’impossible est, finalement, concevable, envisageable. Mais, certainement, dans ce genre de dossier, il ne s’agit pas, seulement, de rêver et de chercher à concrétiser.
L’excès de solidarité, de générosité de la part du magnat égyptien n’est que l’arbre qui cache la forêt. L’intérêt économique d’un investisseur n’est pas négligeable. Le pays de nulle part est la réalisation de ce que l’Europe a du mal à accepter, malgré que, toutes les données démographiques et économiques lui dictent cet itinéraire. A rappeler dans ce cadre que le phénomène de la migration est une source d’opportunités. Le choix de la chancelière Angela Merkel d’ouvrir ses frontières aux réfugiés, a été oui une réponse à une urgence humanitaire, mais en même temps, une réponse à un besoin interne qui répond à des données économiques précises, où la présence des immigrants est essentielle pour la croissance du pays.
Le pays de nulle part est un défi et un projet économique extraordinaire. Puisqu’il ne s’agit pas d’un camp de réfugiés, où des milliers de personnes attendent garées un avenir et une maison qui n’existent pas. C’est un lieu de citoyenneté à part entière. Derrière « le projet de pays » se trouve un entrepreneur et pas un bureaucrate. Probablement, c’est ce point qui pousse au silence chez les européens. Entretemps, personne ne peut nous priver de rêver…

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