L’ouverture de la Bourse aux entreprises étrangères : Tout n’est pas noir

L’ouverture de la Bourse aux entreprises étrangères : Tout n’est pas noir

Le dernier Conseil du gouvernement a validé le projet de la Loi relative à la Bourse de Casablanca. Parmi les nouveautés, figure celle de l’institutionnalisation de la cotation de sociétés dont le siège est situé à l’étranger.

Farid Mezouar, expert à Casablanca en finance des marchés

Avant d’entamer analyse de ce projet de loi, il est à rappeler que la société tunisienne Ennakl, cotée en 2010 suite à une autorisation du ministère des Finances et de l’Office des Changes. De même, la société a mis à jour ses statuts pour se conformer aux règles du CDVM et de la Bourse de Casablanca.
Cette mesure d’institutionnalisation de la cotation des sociétés dont le siège est situé à l’étranger, entre dans la logique initiale du Casablanca Finance City (CFC), dont l’un des piliers est la transformation de la Bourse de Casablanca en place régionale. Toutefois si cette mesure juridique et technique est nécessaire, elle ne semble pas suffisante pour stimuler la cotation de sociétés étrangères à la Bourse de Casablanca, à cause de trois types d’obstacles.
Le premier obstacle important s’avère l’impossibilité pour les petits porteurs marocains résidant d’investir en devises, ce qui rendra toute OPV liée à l’autorisation de l’Office des Changes. De même, comme pour Ennakl ou Maroc Telecom, les investisseurs locaux ne pourront arbitrer entre les différentes places de cotation. Ainsi ces sociétés étrangères ne pourraient s’adresser qu’à des investisseurs étrangers ou à des institutionnels marocains qui le peuvent. Or, le principal attrait de la cotation à Casablanca pour une entreprise étrangère est la possibilité de lever des capitaux de manière fluide.
Le deuxième obstacle potentiel est d’ordre politique. En effet, pour les sociétés originaires de l’Afrique de l’Ouest ou de l’Afrique du Nord, la cotation au Maroc est implicitement subordonnée à l’autorisation des pays d’origine. Ceci dit, plusieurs places régionales ont émergé en Afrique subsaharienne et cherchent à attirer la cotation de leurs entreprises. In finé, seule la double cotation sera possible avec une coordination technique entre la Bourse de Casablanca et ses consœurs africaines.
Le troisième obstacle est d’ordre commercial. En effet, la Bourse, le CFC et les banques d’affaires doivent travailler la main dans la main pour prospecter ensemble les sociétés ciblées, ce qui ne sera pas évident.
Néanmoins, tout n’est pas noir, car cette mesure devrait faciliter la cotation à Casablanca des filiales étrangères des groupes marocains. C’est l’exemple non exhaustif de CIMAF, de la BOA, de Colina, d’Atlantic Holding ou de la SIB. Surtout, pour ménager les susceptibilités politiques, les groupes marocains pourraient procéder à une double cotation de leurs filiales.

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