OCP Policy Center en phase de devenir le think tank de l’Afrique

OCP Policy Center en phase de devenir le think tank de l’Afrique

Karim El Aynaoui, le directeur général d’OCP Policy Center revient sur les nouveaux défis que doit relever le Maroc pour parachever sa croissance. Pour El Ainaoui, le continent africain demeure, actuellement, le berceau de la mutation la plus forte, le Maroc a la chance de s’y retrouver et doit la saisir. Interview.

Propos recueillis par Sanae Taleb

Parmi les missions de la think tank que vous présidez, OCP Policy Center, le rapprochement entre le monde académique et les décideurs. Quelles sont, dans ce cadre, les thématiques misent en avant ?

OCP Policy Center focalise ses travaux d’études, essentiellement, sur quatre thématiques. D’abord, la croissance, au sens large du terme. C’est-à-dire, le problème du développement. La seconde thématique s’intéresse, en détails, à la problématique de l’agriculture et de l’environnement, compte tenu des défis de développement de ce secteur au Maroc. Faut-il rappeler qu’il s’agit, pour notre pays, de l’un des axes importants pour accroitre notre développement, et, notamment, notre intégration avec l’ensemble du continent africain. Dans ce sillage, la troisième question qu’OCP Policy Center met en avant, c’est celle, des matières premières. La question est pertinente pour le Maroc et pour l’Afrique. Enfin, notre quatrième centre d’intérêt est lié à la géopolitique et à la politique internationale. En effet, pour mieux comprendre le monde dans lequel nous évoluons, il faut voir les pays acteurs qui s’interagissent avec le Maroc. L’essentiel est de rester dans l’actualité des débats au niveau international. Le think tank est aussi une manière de se réapproprier les questions qui sont importantes pour notre développement et de les voire de point de vue de notre perspective. Quand, je dis de point de vue de notre perspective, c’est-à-dire, celle du Maroc. D’un pays à revenu intermédiaire, qui se situe sur le continent africain, et qui a plusieurs défis à relever. Aujourd’hui par exemple, on a les meilleurs spécialistes sur le sujet du développement agricole. En effet, au plan international, la thématique intéresse tout le monde. Tout le monde pensait, avant 2008, qu’avoir la nourriture peu chère et disponible sur son assiette, c’était donné, vient la crise de 2008, avec l’explosion des prix des matières premières, et on sait dit, attention nous n’avons pas investi, suffisamment, dans l’agriculture.

-Comment pensez-vous impulser une mise en application de vos recommandations auprès des gouvernements et des décideurs politiques ?

Dans notre genre d’institutions, le développement est enveloppé de finesse. Il prend, dans ce cadre, plus de temps. Nous sommes patients. Nous sommes dans un domaine de la pertinence. Je suis assez optimiste. Je sais que les décideurs auxquels nous parlons se posent ces questions et cherchent des réponses. Ce n’est pas facile de changer quand vous avez un secteur agricole défaillant, pour ne citer que ce secteur d’activité, vous avez en face plusieurs problèmes, tels que les infrastructures, les institutions, la pauvreté, la connaissance, l’assistance, le savoir, la disponibilité. En somme, des sujets complexes. Je pense que le terrain est entrain d’aller plus vite que les institutions. Il faut revoir un certain nombre d’institutions, au niveau international et national. Je peux assurer qu’il s’agit d’un travail de longue haleine. On change, progressivement, et on apprend.

-Dans le livre que vous avez coécrit avec Pierre Richard Agénor, « La Stratégie de croissance au Maroc à l’horizon 2025 », vous soulignez que l’économie marocaine, fait, actuellement, face au risque de se retrouver « prise en tenailles » entre, d’un côté, les pays à faible revenu, en croissance rapide, et de pays, à moyen revenu, capables d’innover. Comment le Maroc peut se rattraper ?

Il faut repartir de l’argumentation centrale du livre. Pourquoi cette question, tout simplement, parce que le monde change. La globalisation qui s’est accélérée, nous a fait basculer dans autre chose. Vous savez que ces évolutions sont des évolutions sur longues périodes historiques, or, à un moment donné, un point commence à affecter vos stratégies, votre situation par rapport au reste du monde. Au fait, dans le livre l’argumentation centrale, c’est cette évolution du monde qui commence à questionner, d’une manière ou d’une autre, tous les pays, pas uniquement, le Maroc, sur leurs stratégies. Dans le cadre du livre, on s’est intéressé à l’exemple du Maroc, mais celà ne va pas nous empêcher d’aller quelque par en Afrique. D’ailleurs, on a des demandes d’autres pays africains qui nous sollicitent à fin de leurs préparer des études et des analyses de ce genre.

-Vous jugez qu’OCP policy Centre en a la capacité ?

Nos capacités commencent à s’enrichir. Le Policy Centre est aujourd’hui une équipe de 15 personnes avec d’autres compétences qui vont nous rejoindre très bien tôt. D’ici peu, on serra une équipe d’une vingtaine de personnes. C’est une vingtaine d’experts de haut niveau. Ils seront mobilisés pour réfléchir et publier leurs réflexions. Prochainement, nous pensons sortir un livre sur l’agriculture en Méditerranée. Pour revenir au Maroc, c’est un pays qui est ouvert et dont les résultats sont bons, globalement. L’ouverture qui est la notre, et qu’on a dû approfondir, graduellement, ces dernières années, nous fait repositionner en poste de défis. Ce qu’on dit dans le livre, c’est qu’aujourd’hui, nous avons, effectivement, des pays africains, à bas coût de main d’œuvre, compétitifs, sur l’industrie manufacturière légère, qui vont être les premiers bénéficiers de l’augmentation des salaires en Chine. Parce que la Chine va réaffecter son processus de production sur ces pays. Première dynamique qui va poser des problèmes pour l’ensemble des pays à revenu intermédiaire, et pas seulement, le Maroc. La chance du Maroc est de se retrouver dans le continent qui va connaitre cette évolution. Ces pays sont nos voisins. En effet, le Maroc, par ce processus là, a une nouvelle chance de revenir dans la compétitivité de l’industrie manufacturière légère, en s’intégrant, dans le processus de production qui va être mis en place en Afrique.
Deuxième type de processus est celui engendré par des pays comme le Brésil qui eux sont, dans certaines industries, plus complexes, avec une capacité d’innovation plus importante, un secteur de recherche plus développé. Ces pays sont plus dans l’innovation que dans l’imitation. Un pays comme le Maroc est dans une trappe de croissance modérée. Le livre souligne, « attention ! Pour continuer à avoir une bonne croissance, il faut évoluer vers l’innovation ».

-Vous étiez partenaire de la 16ème Conférence de Global Développement Network, comment évaluez-vous cette édition tenue à Casablanca en mois de juin dernier ?

La 16ème Conférence annuel de GDN a rassemblée les meilleurs chercheurs du monde. Je vous rappelle que plus de 80 pays sont représentés. Les participants et les intervenants à cette conférence mènent depuis de longues années des études sur les questions du développement agricole. Les thématiques qui sont discutées, ont été choisies avec l’ensemble de nos partenaires. La particularité de la 16ème Conférence de Global Dévelopement Network a été l’opportunité offerte aux jeunes chercheurs qui ont participé aux travaux et de la conférence et qui pu fréquenter des homologues plus expérimentés. Personnellement, ce que je retiens de ce séminaire, en termes de leçons utiles pour le Maroc, mais également, pour l’Afrique, ce sont des conclusions déduites des exemples présentés, particulièrement, l’exemple brésilien et argentin. Il s’agit d’un success story. Les deux pays ont pu rénover, parfaitement, leurs systèmes agricoles.

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